Voitures autonomes : Quelle place dans la chaine de valeur pour les constructeurs ?


Avec l’avènement prévu de la voiture autonome, on peut s’attendre à des bouleversements dans la chaine de valeur de l’industrie automobile. Objectivement, nul ne sait comment vont réellement évoluer les habitudes et comportements. Pour autant, un certain nombre de questions se posent d’ores et déjà : l’ensemble des réponses place le futur dans une perspective de Mobility as a service (MAAS). Une adaptation immédiate de leurs business modèles est donc requise pour que les constructeurs réussissent à garder un positionnement dans la chaîne de valeur qui préserve leurs marges dans le futur.

Serons-nous propriétaires, multi-propriétaires ou utilisateurs ?

La tentation première est de considérer que l’automobile du futur sera la propriété de flottes robotisées opérant à la demande. En support de cette idée, on évoquera le fait que, les voitures ne circulant en moyenne qu’une heure par jour, il sera beaucoup plus efficace de réduire leur nombre et de les partager entre utilisateurs.

Quelques problèmes attachés à cette vision :

  • Nous avons tous tendance à partir en vacances à Noel, en février et en août et en weekend le weekend
  • Les horaires de travail créent un pic de demande sur une plage horaire de 4 heures par jour
  • Les ruraux peuvent être suffisamment excentrés pour qu’ils ne puissent pas avoir accès à une offre robotisée dans des délais et coûts raisonnables…

Les contraintes de dates de vacances et d’horaires de travail peuvent se régler avec de meilleures combinaisons des modes de transport en commun et de navettes autonomes. Celles des ruraux sont probablement plus complexes ce qui militerait pour un modèle mixte entre propriété et usage.

Quelle place pour l’automobile dans la chaine de transport ?

Les préoccupations sur l’encombrement des villes, les problématiques liées à l’autonomie des véhicules électriques et au temps de recharge de leurs batteries, les progrès des transports en commun militent pour une place de l’automobile dans la chaine de transport qui se réduit sans pour autant être amenée à disparaître. Cette réduction se fera au profit de l’intermodalité avec un rôle de l’automobile dédié aux approches et rabattement en dehors des villes, aux loisirs et aux activités utilitaires et logistiques.

Qui organisera le marché ?

L’intermodalité présuppose l’existence de dispositifs digitaux permettant d’une part de calculer et optimiser des parcours d’un point A à un point B avec une parfaite synchronisation des divers modes de transport, une information temps réel pour rerouter un parcours en fonction d’événements imprévus (retards, accidents…), et, d’autre part, des moyens de paiement permettant de régler un déplacement de bout en bout.

Uber n’a jamais caché que ce rôle de plateforme organisatrice est inscrit dans sa stratégie, les quatre participants de l’alliance récente BlaBlaCar, Transdev, SNCF et RATP y songent probablement aussi (et BlaBlaCar plus fort que d’autres…). A priori, aucun d’entre eux n’est un constructeur automobile.

Quelles conséquences pour les constructeurs ?

Pour les constructeurs, c’est essentiellement un problème de bouleversement de leur distribution. Alors qu’ils maitrisent aujourd’hui directement leurs ventes à travers leurs réseaux, ils risquent de devenir fournisseur des propriétaires de flottes, eux-mêmes prestataires pour le compte de plateformes organisatrices. Passer en troisième rang ? Les constructeurs voient à peu près ce que ça veut dire en termes de marges avec le traitement qu’ils ont infligé à leurs sous-traitants avant que ceux-ci ne reprennent le contrôle par leur R&D…

Ajoutons que la préférence de marque tend à disparaître avec la réservation à travers des plateformes et nous obtiendrons un nouveau contexte pas très favorable pour les constructeurs.

Et alors ?

Si le pire n’est jamais certain, mieux vaut toujours se positionner au sommet de la chaine alimentaire qu’en son milieu. Pour préparer l’avenir, les constructeurs ont donc tout intérêt à :

  • intégrer des fonctionnalités intégrant l’intermodalité à leurs véhicules connectés – ils tentent d’ores et déjà de rester maitres à bord de cet élément de la chaine face à Google et Apple (réservation de places de parking, calculateurs pour optimiser les points de changement de modes de transport, achats de billets avec paiement direct par le véhicule…)

développer des plateformes servicielles de calcul d’itinéraires intermodal et de réservation / achat de billets afin d’occuper un sommet de la pyramide pour l’instant désert malgré les incursions de Google, Ciitymapper ou autres GoEuro et From A to B

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